La papeterie de Saint Mamans à Rochefort-Samson

 

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mise à jour 26-1-2008

On ignore l'origine et la date de la fondation due moulin à papier. Souvent oublié par les inspecteurs des manufactures et les intendants du Dauphiné, sa "carrière " semble destinée à rester confuse et floue. En effet les registres BMS avant 1793 ont très rarement les professions. De plus il semble que les propriétaires aient été des notables locaux et par suite ils sont difficilement repérables. Ainsi les Guignard et Lardant (ou Lardent) sont très nombreux depuis le XVII ème. La seule issue pourrait résider dans l'étude exhaustive des actes notariés, travail que monsieur Souffre avait commencé avant la fermeture provisoire des archives départementales de la Drôme. L'étude des listes électorales et des archives concernant les cours d'eau pourrait nous permettre de situer la fin de l'activité dans la commune. Enfin les généalogistes du village pourraient peut-être constituer une liste des anciens ouvriers repérés.

La commune de Rochefort Samson a été constituée durant la Révolution par le rattachement de  la paroisse de Saint mamans à celle de Rochefort. Par suite jusqu'en 1793 le site recensé est dit " St Mamans" et ensuite "Rochefort-Samson. La commune est située sur le piémont entre le massif du Vercors et la vallée de l'Isère. Ce site papetier est au centre d'un ensemble papetier dont les plus proches sites sont : La Sone et Izeron(38), Peyrus, Chabeuil et Saint Jean en Royans (26). Le marché des papiers était Romans (fabriques de cartes à jouer ) et Valence (imprimerie).

Les intendants Bouchu en 1690 et Fontanieu en 1730 ne citent pas la papeterie de St Mamans. Thibert Antoine est le premier maître papetier repéré, lors d'un baptême en 1761.  En 1769 le propriétaire est Jean Guignard (-Patelon), "un paysan qui s'est ruiné à faire valoir cette fabrique qui est dans le dernier désordre". Les exploitants sont les frères Faye, que nous n'avons pas retrouvé dans les BMS.A cette date, le moulin a "deux roues, 5 piles à drappeaux (= chiffons), 4 piles fleurantes une cuve et un marteau. L'aîné des Faye est à la fois saleran et gouverneur et son cadet leveur et coucheur. Leurs femmes trient, coupent le chiffon et encollent le papier. Le moulin est mû par deux ruisseaux, la rapinière et le rocheffort qui se réunissent à 50 pas de la fabrique. Ils charient beaucoup de sable. Ils n'ont que 3 formes sans filigranes"

Cette papeterie est dépendante, c'est à dire qu'elle ne survit que par les taches que des marchands lui passent à l'avance. On identifie les commanditaires grâce aux mentions lors des registres paroissiaux.

Lors du décès de son fils Charles, le maître papetier Jean Claude Mical est dit à “Rives”. Le 4 décembre 1766 pour le baptême de Joseph Mical, le parrain est “ Joseph Montgolfier, marchand papetier, domicilié à Rives absent mais représenté par Jacques Coissieux, maître cartier, domicilié à Romans”. Mical père ira ensuite dirigeait le moulin à papier des Montgolfier à Rives.

 
Le travail se fait en famille : de 1769 à 1775 il y avait les deux frères Faye, Pierre et Jean ; puis un dénommé Barthelemi Bourne et enfin de 1785 à 1787ce sont les beau-frères, Blache Antoine et Moron Damien. En 1782 le propriétaire, Jean Baptiste Guignard-Paquelon, domicilié à St Mamans, décide de changer son "fermier" (= locataire). Par acte notarié du 5 juin 1782 Antoine Blache arrente pour 8 années, à compter du 1 er novembre, succédant à Pierre Lardent-Détout. Cet Antoine Blache prend le bail à ferme avec son père, Claude Blache, marchand papetier à Chabeuil et ancien exploitant du moulin de Saint Jean en Royans. Le loyer est fixé à 499 livres. Une liste des réparations probables est donnée. Il y a le canal à élargir "pour faire couler les matières de la pile à fleuret dans la cuve sans les transporter à bras". Le propriétaire fera couvrir le local destiné à faire battre le papier au marteau. Il fera également construire un appartement propre à être habité. Enfin l'arbre et la roue seront refaits. Le folio 112 de l'acte donne la suite des travaux à envisager Comme la plupart des Maîtres papetiers Antoine Blache se marie dans la profession. Il épouse la veuve de son propriétaire, en 1784 Claudine Marie Eymard. Par ce mariage il acquiert indirectement des droits sur le moulin. En effet son beau-père, François Eymard était le créancier  du même Guignard.

Antoine Blache resta Maître papetier de 1784 à 1790. Ensuite en 1794 il y a François Girard. Les enquêtes préfectorales de la Drome nous informent sur l'activité et les propriétaires. Ainsi en  mars 1812 la papeterie de Rochefort n'est pas citée. Etaient-elles en arrêt pour des raisons hydrologiques ? Pour des raisons économiques comme l'absence de capitaux de roulement ? Toutefois en 1813 elle fonctionne avec une cuve et appartient à François Guignard. Mais il est possible que l'administration ne distingue pas scrupuleusement  le propriétaire et l'exploitant.

La papeterie dite du moulin blanc (cadastre A6) est bientôt "renforcée" par un autre édifice industriel installé dans le hameau des souffleuses (cadastre A290). Mais on ignore qui finança l'opération ni quand. Louis Antoine Joseph Myallonnier (ou Miassonnier) travaillait au moulin avec ses deux frères. Ils sont originaires d'Annonay. Entre 1829 et 1830 il devient "fabricant de papier". Jean baptiste Lebon qui était ouvrier papetier à Saint Mamans depuis au moins 1848, est qualifié de "fabricant de papier "en 1858. Il vend à Tabarin auquel succédera vers 1877 Joseph Barrier. Son successeur, Milliat fera faillite en 1909.  Dans l'unité moderne dite des"souffleuses" on fabriquait du papier paille destiné à la boucherie. Elle était fermée avant 1914.Il reste quelques murs, le canal. Le propriétaire au début du siècle était Monsieur Jules Dussoulier.

En 1890, les deux papeteries sont en activité mais leur situation économique est difficile. Chacune a trois ouvriers qu'elle paie 1 franc 60 par jour alors que les salaires des autres papeteries de la Drome sont de 2.25. D'ailleurs les rames produites, de papiers gris pour l'une et de papiers blancs pour l'autre, ont une faible valeur et se négocient  à 7 francs alors qu'ailleurs c'est 12.50 minimum.

 La fabrique du moulin blanc connut également la faillite. Le sieur Rostaing, repreneur en 1876 est saisi en 1877 ; A cette époque elle produisait du papier chiffon. Il y avait une roue de pêche de 36 mètres de périmètre et une autre plus petite utilisée lorsque le débit de l'eau diminuait. La première roue ainsi qu'une cheminée de 60 à 80 mètres de haut furent détruites  durant la Première Guerre mondiale. La papeterie appartenait au début du siècle à Monsieur Mourrier, d'une famille de Saint Vallier. Sa fille, épouse de Monsieur Fontaine de St Paul les Romans, mit la société en gérance. L'usine aurait été fermée vers 1919/20, après une seconde faillite, celle du sieur Desmeurs.

L'histoire serait presque trop simple si elle ne réservait pas quelques surprises en plus : le cadastre a révélé en cote A 434, une troisième papeterie appartenant à  dame Belle puis à Dussolier. Elle sera démolie en 1901.Ces petites papeteries étaient viables tant qu'il y avait un marché dans les deux villes voisines. Mais la nécessité d'investir pour baisser les coûts de production, les frais (et les délais ) de transport et le régime des eaux de la Béore les condamnaient.

          Photo NB du moulin blanc

illustration:- La mairie possède une photo du moulin blanc avant son abandon et la démolition de la roue et de la cheminée

 

-          Photo NB des souffleuses (toits au 1er plan)

 
 

 L Ferriere et G Souffre