La papeterie Vincent de Montgolfier à Charavines

publié dans Chronique srivoises, n°29, mai 2000
rédigé par Alain Schrambach et Lionel Ferriere

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Petite histoire du site (A. Schrambach)
La fondation de la Papeterie (L. Ferriere)
Les débuts de la papeterie  à Tour Clermont (L. Ferriere)
Le fondateur : un pionnier de l’exportation des savoir-faire  (L. Ferriere)
Une génération de consolidation : Emile (1842-1899) et Aymé (1845 –1902) (L. Ferriere)
La génération du tout photographique: Vincent de Montgolfier (1874-1958) et Paul Desarbres (+1947) (L. Ferriere)
L’Entre-deux-guerres (L. Ferriere)
La fin d'une époque (1945-1958) (L. Ferriere)
De la dépendance à l'adépendance (depuis 1985) (L. Ferriere)
Le personnel de la manufacture à ses débuts. (L. Ferriere)
Les bâtiments et les canaux  (A. Schrambach)
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Petite histoire du site (Alain Schrambach)
Le Guillermet, dans la partie amont du vallon de la Fure, correspond à un rétrécissement de la vallée (moins de cinquante mètres de large) et à un seuil avec une pente du lit de la rivière plus forte ce qui entraîne un caractère torrentiel à la rivière. Cette caractéristique a favorisé la mobilisation ancienne du site pour l’implantation d’ateliers. En effet la forte pente permettait de disposer d’une chute d’eau motrice au moindre coût puisque le canal d’amenée était plus court. On retrouve les mêmes avantages au site situé à l’amont immédiat, celui qui deviendra la taillanderie Bret. La présence du château de Clermont perché sur une colline raide en rive gauche et cité dès l’année 1107, n’est par ailleurs pas étrangère au développement de petites industries en ce lieu privilégié. La faible largeur du sillon n’était pas un élément contraignant tant qu’il s’agissait de petits ateliers tels que des moulins. Par contre le développement de la papeterie au milieu du XIXe siècle, se heurta à un manque de place : la Fure fut canalisée et passa sous l’usine et de nos jours le passage de la route bitumée Charavines à Rives y est des plus étroit. Enfin ce site placé en tête de vallée profitait de la régularisation des débits par le lac de Paladru et était peu gêné par les éclusages pratiqués par les usines amont peu nombreuses (il y n’avait qu’un moulin et une taillanderie) mais comme les textes le montrent des problèmes d’alimentation en eau pouvaient surgir néanmoins dès le mois de mai. Le site n’était pas à l’abri des inondations comme celle consécutive à la crue de 1856.
 Un texte de 1458 cite les «molendina de furano » c’est à dire les moulins de Furens  ou de Furan (ancien nom de la Fure) existants au Guillermet. Durant la première moitié du XVIIe siècle les mêmes moulins sont cités  comme appartenant au «comte de Clermont et de Tonnerre ». Il s’agissait donc d’un moulin banal. Il est question de deux moulins à farine (un blanc et un brun) et d’un battoir à chanvre. Au XVIIIe siècle il n’est toujours question que de deux moulins, blanc et brun et à la fin de ce siècle le propriétaire est le sieur Graillat.
La prise d’eau en rivière, le canal d’amenée, celui de fuite en relation avec le moulin furent donc construits au moins au XVe siècle. La permanence au cours des siècles des réseaux hydrauliques des ateliers permet de supposer que le réseau tel qu’il est dessiné sur la carte  de 1797 définissant les droits d’eau du sieur Graillat au Guillermet et du sieur Treillard à Bonpertuis, est identique à celui du XVe siècle. Sur cette carte les bâtiments sont au nombre de quatre, de superficies quasi identiques. Chacun devait abriter un artifice ce qui permet de supposer que les activités de l’atelier se sont diversifiées. La superficie unitaire oscille entre 50 et 40 mètres carrés soit au total 170 mètres carrés.
En 1797, le canal d’amenée creusé en rive droite de la Fure avait 240 mètres de long. Au-delà des bâtiments des moulins il se prolongeait par un canal d’irrigation qui dominait la petite plaine de Bonpertuis située à l’aval. Le canal d’amenée principal se scindait en deux petits canaux prolongés chacun par un canal de fuite. Ils traversaient, l’un long de 35 mètres,  trois bâtiments et l’autre isolé, long de 30 mètres, un bâtiment unique.
En 1796 et en 1797 deux artifices nouveaux furent construits : il s’agissait d’un pressoir à huile et d’un battoir à chanvre ce qui laisse supposer que l’ancien avait disparu (en général il n’y en a qu’un par site de moulin). Un ouvrage de prise particulier fut construit en rive droite durant ces deux années à l’aval immédiat du vieux moulin. Le canal d’amenée long de 170 mètres se prolongeait par un canal d’irrigation. Un petit canal, long de 25 mètres, alimentait alors directement les artifices puis rejoignait la Fure. Le bâtiment, plus grand que ceux du moulin,  avait une superficie de 130 mètres carrés.
Tous ces artifices devaient être entraînés par des rouets  (roue hydraulique à axe vertical).
 En 1824, date du cadastre napoléonien, les réseaux hydrauliques du moulin de Furens ne sont pas modifiés mais un grand bâtiment alimenté par le petit canal isolé, a été construit sur le site du moulin. Selon les critères de l’époque, il devait s’agir du logement du meunier et des chambres des moulins à farine. Les rouets devaient être placés en sous-sol, les meules au rez de chaussée, le logement du meunier au rez de chaussée et au premier étage. Grâce à un treuil à blé  les sacs de grains étaient hissés sous les combles et alimentaient par gravité les trémies. Les bâtiments voisins (toujours au nombre de trois mais disposés semble-t il autrement qu’au début du siècle), plus petits abritaient d’autres artifices. Ce grand bâtiment avait une superficie de 120 mètres carrés ce qui portait la superficie totale à 240 ou 370 mètres carrés avec le pressoir. C’était alors un moulin important. En 1842, le moulin avec un gruoir, qui est encore cité l’année suivante sous le nom de moulins de Furens sur la carte d’état major dite de 1852 mais levée en 1843. Le gruoir apparut dans la vallée à la fin du XVIIIe siècle et remplaça progressivement les piloirs à grains, pilons à huile et battoirs à chanvre.


La fondation de la Papeterie
Le texte d’Alain Schrambach met en évidence l’intelligence des Anciens. Mais nos ancêtres avaient aussi une grande capacité à mesurer les nouvelles tendances commerciales et à jauger l’avenir des nouveaux modes de production. Nous avons avec la fondation de la papeterie à Tour Clermont un processus de spéculation foncière  qui se suit très bien grâce aux montants des ventes successives.
En  1842 le propriétaire Vincent Plantier, maître de forges à Bonpertuis,  fait faillite. Le 6 ème lot comprenant bâtiment d’habitation, gruoir, moulin, cours d’eau, bois etc. est acquis par adjudication  par Louis André Chevallier, un propriétaire rentier de Bourgoin pour 5600 francs. Celui-ci le revend à François Louvat, propriétaire à Chirens qui le cède pour 15 000 francs à Edouard Primard en avril 1847
 
On constate que la valeur du domaine à presque triplé en 5 années. Ce dernier transforma le site traditionnel en un site moderne, à savoir une papeterie. Mais cela le ruina car la manufacture fut vendue par adjudication en 1849. Il y eut deux surenchères sur la vente initiale. Jean Marie Guillin, un marchand papetier à Rives fut le premier acquéreur avec une offre de 25 500 francs. Mais une dizaine de jours plus tard Jean Baptiste Lafuma fait une surenchère auprès du notaire. Lafuma était exploitant de la papeterie de Paviot à Voiron. C’est à cette époque, semble-t-il, qu’il a acheté son usine. Peut être aurait-il préféré déménager pour se mettre à son compte ou bien  espérait-il doubler sa production ? Une nouvelle adjudication publique fut donc organisée le 28 août 1849. Lafuma attendait que la bougie s’éteigne en compagnie du sieur Morel, qui avait prêté du matériel, lorsque survint Vincent Montgolfier avec une offre de 36 000 francs (37 420 francs avec les frais). Avant de revenir sur l’acquéreur, remarquons le prix : 30% supérieur à son concurrent, et un domaine qui a produit une plus value de 650 % en 7 ans. Cet exposé  permet de savoir qui fut le créateur de la papeterie. Mais rien n’a permis à cette date de constater qu’elle a fonctionné avant les Montgolfier. Il n’y a aucune trace d’ouvriers papetiers dans les registres d’état civil avant fin 1849. Primard a du s’endetter pour équiper la fabrique et s’en séparer sans la mettre en route. Cette année est donc la 151 ème de l’activité papetière de la commune.
 
Le fondateur : un pionnier de l’exportation des savoir-faire
Vincent Montgolfier (1813-1854 ) était le huitième fils de Jean-Baptiste, fabricant de papier à Grosberty et à Saint-Marcel les Annonay (Ardèche). Par sa mère, il était le petit-fils de Maurice-Augustin Montgolfier qui avait dirigé les moulins à papier de Rives (vers 1770-80). Par son père, il était issu de Jean Pierre Montgolfier qui avait dirigé celui de Paviot (vers 1765-70). Voiron).
Comme il était un des derniers, il n’avait rien à espérer en restant dans l’entreprise familiale. De plus, il souhaitait échapper à un futur mariage de raison. Il était devenu habituel chez les Montgolfier de marier les enfants en fonction des intérêts du clan (confrères, notables influents, héritières richement dotées). Il décide de partir, emmenant avec lui la femme que son cœur avait choisie : Catherine Artru. On pense que la jeune femme était la fille d’un contremaître. L’union passait pour une mésalliance. Afin d’être tranquille et de faire une carrière professionnelle, le couple part très loin, dans l’empire russe. Un prince important lui donne les moyens de fonder et de diriger une papeterie à Troîts-Kia dans la province de Kalonga.  Dans les lettres qu’il adresse  à ses frères, il indique qu’il est heureux. Il se marie  le 9 mars 1841 à l’église catholique Saint Louis à Moscou. Ils auront la bas deux enfants. Mais en 1842, à la suite de problèmes de santé (sa vue diminue) et de dissension avec son bailleur de fonds, ils rentrent. On peut suivre leurs itinéraires grâce aux nombreuses naissances. D’abord ils font enregistrer leur mariage civil à Paris (le 14 février 1843). Puis ils s’installent dans l’Ain vers Genouilleux (1843)puis à Lyon (1844). Il gagnait probablement sa vie comme grossiste en papiers.     
En 1849 Ils habitaient chez leurs cousins Frachon-Dugas qui dirigeaient à l’époque les papeteries de Voiron et des Gorges devenues ultérieurement Guerimand. C’est durant ce séjour qu’il entend parler de la vente de papeterie de Charavines et qu’il décide de s’en rendre acquéreur.
 
Les débuts de la papeterie  à Tour Clermont
Lorsqu’il se lance dans ce nouveau défi entreprenorial  avec une machine, Vincent Montgolfier est âgé de 36 ans. Il doit recruter tout son personnel. Il se tourne d’abord vers sa nombreuse famille. Son frère Eugène (1817-1878) vient l’aider tout en ayant sa propre carrière ailleurs. Mais chez les Montgolfier, on s’absente facilement pour venir en aide à un proche. Son beau-frère Paul Artru (1830 ? – 1879) est aussi de la nouvelle épopée. Après son décès prématuré à 41 ans, la direction est assurée par son frère et surtout par «la veuve Montgolfier ». Catherine Artru démontra  en 1857 qu’une femme pouvait faire aussi bien qu’un homme. Les fils, d’abord l’aîné -Emile- qui cessa ses études à 15 ans  puis Aymé, secondèrent leur mère.
Un rapport, adressé au Sous-préfet le 9 août 1854 par le Receveur des Contributions, nommé Guimbaudy, nous décrit un aspect de la fabrique à papier de «dame Veuve Montgolfier à Charavines » : « Cet établissement est mû par des moteurs hydrauliques et à feu continu. Il occupe environ 100 ouvriers et ouvrières dont 7 enfants filles de 13 à 14 ans, 12 enfants filles de 14 à 16 ans. Ces enfants ne travaillent que 12 heures par jour divisées par 3 repos. Le travail se fait de 6 heure du matin à 6 heure du soir. Il n’arrive jamais de travailler la nuit, ni les fêtes, ni les dimanches. Tous ces enfants ont reçu l’instruction primaire élémentaire. Le travail auquel ils sont occupés n’est pas au-dessus de leur force et ne compromet en rien leur santé... Il arrive parfois que la nécessité exige que ces enfants prolongent leur travail de 2 heures par jour pendant environ 2 à 4 jours par mois... Les bonnes mœurs et la décence publique sont rigoureusement observées... ». 
 Par analogie, le travail des adultes devaient être au moins aussi long et plus éprouvant. Une enquête de 1865 indique 60 ouvriers soit 20 hommes, 30 femmes et 10 enfants.
Dès la création, la papeterie de la Tour Clermonts’était spécialisée dans les beaux papiers d’écriture, vélins et filigranés, registres et papier à dessin. Une médaille d’argent lui avait été décernée à l’exposition universelle de 1878.
Une génération de consolidation : Emile (1842-1899) et Aymé (1845 –1902)
La société fut très rapidement cogérée par les deux frères. Ceux ci malgré leur manque d’expérience (respectivement 29 et 27 ans en1872 !) et une formation uniquement interne prirent des décisions importantes pour l’avenir du site.
Ils firent un investissement lourd dans une machine (ou élément de machine) Allimand  en 1877, qui compléta celui réalisé une décennie plus tôt. Une nouvelle turbine avait aussi été installée.
Puis en 1893 la papeterie Vincent Montgolfier, comme ses voisins les taillandiers Jules Bret, fit construire un embranchement particulier de la voie du tramway Grand-Lemps – Charavines, afin de faciliter le transport des matières premières et des papiers fabriqués. Le tronçon la Ravinghouse - Voiron ne fut ouvert qu’en 1897. Pendant longtemps un coin de l’usine fut nommé «la gare » en souvenir de ce tramway qui cessa de fonctionner dans les années 30. Auparavant le transport des papiers se faisait par charrettes
Enfin il y eut une politique du logement ouvrier. C’est à la fois la reprise de la tradition papetière de Vidalon  qui se poursuivait sur la Fure avec des logements gratuits octroyés aux plus anciens ouvriers et aux familles (3 pièces en 1889), mais aussi un moyen de fixer la main d’œuvre qui aurait pu trouver un autre emploi, notamment sur Voiron.
Entre temps les deux frères s’étaient mariés. Emile avait épousé  sa cousine Claire Desarbres (1848-1925). Le couple se fit construire une nouvelle demeure, le grand clos, au soleil et à proximité du village (Actuellement rue principale). Aymé s’allia avec une famille de négociants  banquiers voironnais, les Fière et s’installa à Tour Clermont dans la maison bourgeoise, en retrait de l’usine, qu’on aperçoit encore de la route.
La génération du tout photographique: Vincent de Montgolfier (1874-1958) et Paul Desarbres (+1947)
Une fois de plus l’histoire se répète pour les Montgolfier de Charavines. La génération précédente a disparu en trois années. Deux jeunes hommes vont se retrouver à la tête de l’entreprise. Vincent de Montgolfier (1874-1958) a 30 ans. Son cousin Paul Desarbres est guère plus expérimenté. Pourtant la papeterie va connaître son apogée. La création en 1905 d’une salle de finition au-dessus de la machine 1fut le premier investissement décidé par la direction. Il sera suivi par l’achat et la mise en route d’une turbine. En 1909, la production est réduite car les commandes sont peu abondantes. Quelques clients, comme Schottender, apprécie une gamme centrée autour du papier photographique et du papier carton pour carte postale. En 1899, il avait commencé des essais de papier photographique mais ceux ci ne furent au point que tardivement. Toutefois ils n’ont pas la réputation de Blanchet frères et Kléber de Rives. La qualité est irrégulière. Lorsque Kodak envoie une réponse négative après l’examen des échantillons, Vincent Montgolfier décide de bousculer les habitudes. Il montre alors qu’il est un fin technicien en modifiant en mars 1908 la production et la qualité du papier photographique. Puis il travaille sur la mise au point de papiers citriques qui seront d’une grande renommée en 1911 dans le milieu des transformateurs. Les clients sont invités à Charavines. Les sociétés Lumière et Levy envoient des représentants. Vincent de Montgolfier entreprend des  tournées commerciales. Il se rend à Londres ( Hauss 1908, 1909), à Anvers ( Guesbali, 1909), Chantilly ( Guilleminot, 1909) et même en Algérie (1913). Avant la « Der des Der », trois maisons forment le noyau dur des clients: Lumière  pour le papier citrate, Lévy et Muller pour le papier à baryter et pour le carte postale. La production industrielle de ces papiers spéciaux passa de 30 % en 1910 de la production totale à 75 % en 1914.
Ces événements se retrouvent dans les bénéfices de la société. Encore novice, le jeune patron espérait 40 000 francs de bénéfices en 1909. Le résultat reflétait mieux le ronronnement de la manufacture : 9 000 francs. Ses initiatives furent immédiatement rentables avec 102 000 francs  pour 1910 et 136 000 francs pour 1913. Un incident malheureux avait même réduit l’ampleur du décollage économique. Fin janvier 1910 La Seine connut une crue et inonda le dépôt où la société avait entreposé des papiers à vendre. 80 000 francs de  papiers « prirent l’eau " . Les propriétaires, après plusieurs réunions familiales, décidèrent en février 1914 de faire construire une nouvelle machine, à placer ans les locaux construits l’année précédente car les commandes abondaient. Mais l’entrée en guerre début août 1914 reporta le projet.
Cette période est bien vécue par les ouvriers. Il y a pourtant quelques accidents , comme celui du 22 février 1905. « Le père Crollard s’est fait  prendre le bras dans le sécheur. Il s’est passé près de 20 minutes avant qu’on puisse dégager le malheureux. Il a été transporté à l’hôpital de Voiron. «  Il y sera amputé. Puis il décédera des suites le 28. Inexpérimentés puis trop occupés , les dirigeants négligent la gestion du personnel et de la production. Claire Desarbres s’en fait l’écho dans ses carnets. " Le 10 septembre 1913. Vincent va à Evian chez Muller. Je crois que ces messieurs ont à se plaindre du carton-photo, et cela ne m’étonne pas car il y a si peu de surveillance en cette pauvre usine… » L’incident sera clos avec le client car l’erreur venait d’un problème de qualité de colle, ce qui excluait une responsabilité de Charavines. Il y eut aussi un moment de consternation puis de doute. Ainsi le 27 janvier 1914 , on trouva trois clous dans la pâte à papier. Ils trouèrent les feutres de la machine. Cet acte de vandalisme arrêta temporairement la production. L’esprit familial qui régnait fut traversé par le soupçon et la suspicion.
 
Durant la Grande Guerre (14-18), l’usine continua à tourner tout en participant à l’effort de la Défense nationale . Elle faisait ,entre autres, des livraisons à tous les services de l photographie aérienne de l’aviation et à la section photographique de l’armée. Les commandes augmentaient sans cesse et la production dépassa le million de kilos fabriqués en décembre 1915. Mais la guerre n’est pas qu’un stimulant économique. C’est un drame humain. Les ouvriers les plus jeunes étaient progressivement mobilisés. Rien que le 25 novembre 1914, trois d’entre eux dont un nommé Dardarin durent partir. Puis ce fut le 2 février 1915 et d’autres départs. Une partie des locaux de la papeterie fut « mobilisé » pour servir d’hôpital de campagne. Les soldats blessés venaient finir leur convalescence sur les bords du lac.
L’année 1918 commença par une inondation des locaux à la suite de la rupture de la maçonnerie du canal. Puis il y eut le retour des « Poilus » et la reprise des projets antérieurs. Peu à peu, La société Lumière était devenue un client prépondérant. Elle achetait du papier qui était ensuite transporté à Lyon ,quartier Montplaisir ,où étaient effectués le barytage et l’émulsionnage.

L’Entre-deux-guerres
La direction dispersée entre les taches de commercialisation, de production et de recherche s’adjoignit le frère de Vincent,  Raymond qui est davantage connu pour ses travaux avant 1914 sur les avions. Pourtant ce choix était plus rationnel que familial. En effet ce dernier avait obtenu en 1905 un diplôme d’ingénieur de l’école centrale de Lyon.
 En 1922 la machine n°2 est livrée par Allimand avec ses 2.55 m de largeur. Elle était destinée à la fabrication du papier photographique. Des bâtiments  neufs avaient été construits pour l’abriter. Un atelier de raffinage des pâtes très moderne fut aussi installé. L’ensemble technique faisait de Charavines un des fleurons de la papeterie française d’entre-deux -guerre. Mais cela coûta très cher. Pour financer cette modernisation, la société familiale se transforma en société anonyme  sous la dénomination de «société des papeteries Vincent Montgolfier » et un emprunt obligataire remboursable sur 20 ans fut également émis en utilisant les banques régionales, notamment la banque Charpenay.
Par ce fait, l’entreprise devint sensible aux variations du marché mondial des pâtes et du papier spécialisé. De plus le contrôle familial de la société devint très limitée. La société Lumière, représentée par la famille éponyme  entra dans le capital de la société anonyme. Dès 1928 Elle délègue  Albert Trarieux, gendre de Louis Lumière, au Conseil d’administration. En 1906 la fermeture de la papeterie de papiers photographiques des frères Lumière au Pont de Lignon les obligea à trouver des fournisseurs. Auguste et Louis Lumière étaient des inventeurs prodigues. Ils déposèrent plus de 100 brevets dont celui du cinématographe en 1895, celui sur les photographies en couleurs ou les pellicules en 70 mm. Leurs activités nécessitaient des fournisseurs fidèles sur lesquels ils pouvaient avoir une influence. De plus un de leurs amis, René Rouyer, fit prendre des actions à la banque d’Indochine qu’il représentait. L’après guerre se solda par une étape : les Montgolfier conservaient la direction, mais la propriété était de plus en plus lyonnaise. Les autres actionnaires étaient soit des clients comme la famille Muller et le financier parisien jules Brull, des cousins et des extérieurs qui souhaitaient réaliser un bon placement comme Lelièvre et Rambaud. Ce dernier est surtout connu comme animateur du quotidien lyonnais et catholique, le nouvelliste.
Les efforts de Vincent de Montgolfier pour coller aux nouveaux marchés furent efficaces. L’électricité domestique s’imposait dans la vie courante des Français : un nouveau produit fut fabriqué à Tour Clermont : le papier isolant pour câble électrique. Dans le même temps, il prenait des responsabilités au niveau national et devint  Président du syndicat des producteurs de papier photographique (FOCA)
Mais la modernisation de la technique papetière ne comblait pas les lacunes de l’architecture industrielle ancienne. Une anecdote nous  rappelle une des conséquences désagréables des vieilles papeteries qu’était la pollution des eaux et les mauvaises odeurs. Ainsi en 1925 en aval de Charavines, un constat de la gendarmerie cite des poissons morts dans des eaux blanchâtres à odeur de chlore et dans des eaux boueuses, fortement colorées en noir foncé ou en vert foncé. Cette pollution venait de l'usine Vincent  Montgolfier au Guillermet.
Avant la «drôle de guerre », il y avait environ 130 ouvriers qui fabriquaient du papier isolant, vendu essentiellement en Belgique et en Suisse. L’usine s’approvisionnait en chiffons, à Marseille, en pâte à bois en Scandinavie et au Canada et le charbon venait de La Mure.
Avec la guerre puis l’occupation les difficultés s’accumulèrent, notamment à propos de l’énergie. C’est pourquoi le 6 septembre 1942, avec les papeteries de Renage, Rives, Pont de Claix et Voiron, ils fondèrent la société des mines de Bosmoreau (Creuse) pour l’exploitation des filons de charbons avec un capital social de 2 000 000 francs. Renage pris 10% ici et autant dans d’autres mines. par contre Charavines investie massivement. Avec 44 % Vincent fut le représentant au CA du  plus gros actionnaire.

La fin d'une époque (1945-1958)
1946 fut l’année des changements. Vieillissant, Vincent de Montgolfier a délégué une partie de ses activités de direction technique à son cousin Jean Desarbres, fils de Paul. Les autres administrateurs, la famille Lumière, firent venir un cadre chargé de la direction commerciale et financière. Valery de Montgolfier, le nouveau venu, avait été formé à Grosberty. Comme les autres papeteries du seuil de Rives, il doit moderniser le fonctionnement de la société.
Dans un premier temps, il veut adapter les outils de production aux nouvelles gammes et aux nouvelles techniques. Il rompt avec Allimand et commande une machine auprès d’un concurrent «la société d’études de matériel de papeterie ». Le temps de la concevoir, de la faire et de la livrer, il s’écoule de longues années. Pendant ce temps là, la procédure pour la mise en route de la machine à Rives (la grande fabrique) pour faire du câble débute laborieusement dès le mois de juillet pour être effective seulement en octobre1954. Dans le même temps, en juillet 54 arrêt de la machine 1 pour la moderniser et la rendre également  apte à la production de papier pour câbles.  Puis il fait modifier  la salle d’emballage et de triage en 1956.
La reconstruction  de la France change les logiques énergétiques. En 1949, il doit liquider dans des conditions difficiles, liées pour partie à la politique gouvernementale sur l’énergie et les charbonnages, les actions de Bosmoreau.  Les coûts énergétiques sont renégociés avec la toute nouvelle institution : EDF, qui est devenue prestataire de service à la place de la société hydroélectrique de Fure Morges et de Vizille.
La  politique commerciale de la société et les productions sont modifiées. En 1949 c’est la fin du contrat avec la société de distribution Louis  Muller et fils. Le conseil d’administration vota  pour son  non-renouvellement malgré le désaccord de Vincent de Montgolfier, et de 20 %  des actionnaires qu’il représente. C’est un partenariat vieux de plus d’un demi-siècle qui cesse. Ceci est à l’origine de la disparition de l’équipe dirigeante des descendants directs du fondateur. Vincent de Montgolfier reste président du conseil d’administration tandis que Jean Desarbres (1902-+ 1982), en désaccord, part et prend 50 %  dans la papeterie Mérand à Apprieu. C’est la fin de la ligne directe
Afin d’accroître son potentiel sur les marchés, la société Vincent  Montgolfier décide le 9 février 1954 l’absorption  de la société «les successeurs de Blanchet et Cie». Ceux-ci  sont  propriétaires de la Grande Fabrique, un site papetier située à Rives qui est inexploitée depuis 1953. (Le Bas-Rives, sur le Réaumont, ancien moulin de Maurice-Augustin Montgolfier). Monsieur Requichot entre au Conseil d’administration. Un siècle et demi plus tard la papeterie rassemble de nouveau les Montgolfier et Rives.
La société avait aussi crée un laboratoire vers 1950 pour mettre au point de nouveaux produits.
A tout cela s’ajoute des investissements pour traiter les eaux résiduaires dès 1953 et une politique de gratification des ouvriers et des cadres. La main d’œuvre devenait rare avec la croissance. La retenir devenait une nécessité industrielle.
Pendant plus de 10 années, les troubles monétaires tant nationaux qu’internationaux perturbent les cours et rendent difficiles le recouvrement des créances. La société connaît des problèmes de trésorerie alors que  le marché du papier photographique est saturé par la concurrence. Le papier isolant décline très rapidement avec l’apparition de l’isolant plastique. La crise culmine en 1957.
Déjà en 1948, un emprunt de 20 millions avait couvert les travaux du local du raffinage. Le Crédit lyonnais accorde des découverts tandis que les machines sont arrêtées. La modernisation de la machine n°1 pour faire baisser les coûts de production en 1954 est une sorte de va-tout. La production en 1956 des trois machines n’atteint que 3 106 tonnes. »La pénurie d’ordre pour chacune des spécialités est extrêmement faible ». De plus leur principal concurrent, l’allemand Schoeller produisait plus vite et plus large.  Les efforts pour exporter aux Etats-Unis s’avérèrent judicieux mais pas suffisant pour rétablir la santé économique de l’entreprise. une machine fut arrêtée.

De la dépendance à l'adépendance (depuis 1985)
Le 27 janvier 1960 l’équipe dirigeante démissionne. La société Job, qui produit du papier cigarette à Angoulême acquiert les parts de la famille Lumière. Les repreneurs sont les trois frères Bolloré.Monsieur Simonnet fut le nouveau directeur. Ils essayèrent d’améliorer la qualité de  la production. Les clients faisaient de nombreux retours et se plaignaient. Il fallut presque deux années pour que la réputation de Charavines fut restaurée. Puis elle entre dans le groupe Arjomari le 1 janvier 1963. De nouveaux choix  de gestion sont faits. Des achats de matières premières groupés pour l’ensemble de la société permet de baisser les coûts de production.  Les pâtes de bois résineux et de feuillus étaient importées de Suisse et de Scandinavie. Elles étaient surtout destinées à la fabrication des papiers photographiques. Le papier câble nécessitant des cordages, des chiffons et d’autres produits compliquait l’approvisionnement sans être rentable. En fin de compte  la Grande Fabrique à Rives fut fermée et ce produit abandonné. La production du papier photographique à Charavines cesse à la même époque  et  les fabrications s’orientent vers les papiers surfins et fiduciaires.

Depuis les années 60, l’évolution des caractéristiques du papier est très rapide. Les mutations sont permanentes et les machines sont modifiées sans cesse en terme de vitesse, de longueur, de possibilités. La reconversion est devenue la règle de la survie au sein d’un groupe international. De plus les nouvelles exigences légales en terme de protection environnementale imposent des investissements massifs sur des durées restreintes que seuls des sociétés cotées en bourse peuvent payer. Charavines fut ainsi sauvée par la construction de la station d’épuration.
En 1992, c’est la fusion complète avec Arjo Wiggins de Rives , les deux usines ( la Tour Clermont à Charavines et le Gua à Renage) ayant une direction commune. 

Le personnel de la manufacture à ses débuts.

L’état civil de Charavines nous a permis de retrouver les patronymes des ouvriers qui furent embauchés. Il manquera les mineurs  car nous avons travaillé sur les naissances et les mariages. Vincent Montgolfier avait recruté deux papetiers d’expérience, issus de familles papetières connues : Guichard et Alais. Ils devaient avoir pour tâche de former et d’encadrer les nouveaux. L’origine des ouvriers montre un recrutement local, surtout parmi les enfants d’agriculteurs. Les a-t-il arraché «à la terre » ? Ou bien est-ce des cadets qui ont trouvé l’opportunité de travailler sur place ? De toutes manières cela leur a permis de garder quelques jardins ou terrains. C’est ainsi que la catégorie des ouvriers paysans est apparue. La seconde grande tendance est l’endogamie professionnelle. La question n’est pas de savoir si les conjoints se rencontrent sur le lieu de travail ou bien s’ils font embaucher leurs frères et sœurs. Le fait est qu’il semble y avoir plus de 8 cas de binômes familiaux travaillant ensemble. Les Guichard  sont deux générations. Dix couples au moins sont inséparables. La papeterie de Charavines est une affaire de famille, et pas seulement pour les propriétaires ! Enfin les professions nous indiquent une activité industrielle récente. Le poste le plus important est celui de conducteur de machine à papier. Mais un mécanicien se tient prêt à intervenir pour régler les cylindres, les moteurs, les engrenages. Le menuisier et le forgeur mécanicien sont significatifs d’un outil récent. Il y a encore du bois dans la machine. La nécessité de souder, de refaire des pièces plutôt rudimentaires en métal mais dans des délais courts justifie l’emploi du sieur Primard. La manufacture est un espace autonome, pour le travail comme pour les remariages.
Origines géographiques et sociales des premiers ouvriers  de la manufacture Vincent Montgolfier
Nom – Prénom Fonction natif Profession  des parents
Alais pierre
X Ausdat Janete
Ouvrier papetier   Dynastie papetière
Fournier Jean François
X Julien Césarine
Ouvrier papetier    
Fournier Alexandre
X  Benoît Rose
Ouvrier papetier    
Reveillet Victor
X 1851 Guichard Arthémise
Conducteur de machine à papier
Ouvrière en papeterie
Charnècles
Izeron
Cultivateurs
Papetiers à Charavines
Reveillet Nicolas
X Sirand Pauline
Ouvrier papetier Charnècles
Charnècles
 
Richard-Martin Alexis Michel
X Eynard (Eyssard ?)Catherine
Ouvrier mécanicien    
Brochier Jean
X 1855 Mottin Eugénie
jardinier Chelieu
Saint-Aupre
 
Gonon Jean
X 1858 Argentier Marie
Ouvrier papetier
Ouvrière en papeterie
Charnècles
Chirens
 
cultivateurs
Colomb Eugène
X Colomb Marie
Ouvrier papetier    
Journel  Louis
X Commandeur Marie
Ouvrier papetier
Ouvrière en  papeterie
Chirens  
Commandeur Joseph
X Collinson Rosalie
Ouvrier papetier
Ouvrière en  papeterie
Chirens
Le Pin
 
Begon François Laurent
X Thermoz Marie Pauline
Ouvrier papetier    
Chollat-Traquet Louis
X Monier Rosalie
Ouvrier papetier
ménagère
   
Million Antoine
X Meyet-Lavigne Marie
Ouvrier papetier
ménagère
   
Meyet-Lavigne Joseph
X Romary Joséphine
Ouvrier papetier
Couturière de gants
Charavines
 
cultivateurs
Artru Paul
X Roth Valérie
Teneur de livres    
David Maximin
X Gonon Marie Adélaïde
Ouvrier papetier
ménagère
   
Primard jean Baptiste
X Lombard-Lachagne Anaïs
Forgeur mécanicien à la papeterie
Ouvrière en papeterie
La Buisse
Charavines
cultivateurs
cultivateurs
Jayet Frédéric
X1866 Milliat veuve Pilot Joséphine
Pilot Joseph (+ 1865)
Ouvrier papetier
Ouvrière  papetière
Ouvrière en papeterie
Chirens
Charavines
Cultivateur
cultivateur
Rey Jean
X Fontaimont Marie
Ouvrier papetier
Ouvrière en papeterie
   
Claiet Antoine
X Bernard Alexandrine
Ouvrier papetier
ménagère
   
Collet-Matrat Joseph
X Collet-Matrat Euphrosine
Ouvrier papetier Charavines
Charavines
Cultivateurs
cultivateurs
Meyer Alexandre
X Commandeur Louise
Ouvrier papetier
ménagère
   
Meyer Joseph
X Rivat Alexandrine
Ouvrier papetier
Ouvrière en papeterie
   
Meyer François
X Gaillard Rosalie
Ouvrier papetier
ménagère
   
Rivat Joseph
X1866 Rivat Alexandrine
Ouvrier papetier
Ouvrière en papeterie
Charavines
Charavines
Cultivateurs
cultivateurs
Deleytermoz Jean Pierre
X 1857 Perier Marie Thérèse
Menuisier
Ouvrière en papeterie
Voiron
Charavines
 
cultivateurs
Guichard Claude
X Bouvier Catherine
Ouvrier papetier   Dynastie papetière

Les bâtiments et les canaux
La famille Montgolfier développa beaucoup la papeterie. Si les bâtiments subirent une extension très importante au fil des années, les réseaux hydrauliques furent peu modifiés mais tant le développement de la superficie du site que celui des moteurs montre bien que la petite fabrique de papier devint une grande usine dès la fin du XIXe siècle.
Le réseau hydraulique de l’usine, même de nos jours, est celui du vieux moulin dont les bâtiments ont été englobés dans la partie aval de l’usine actuelle. Par contre le réseau du pressoir (prolongé par un canal d’irrigation) n’a pas été réutilisé par la papeterie.  Il fut transformé en 1848 en canal d’amenée vers les laminoirs et leurs turbines à Bonpertuis.
Les petits canaux qui alimentaient les artifices du moulin ont été maintenus et alimentèrent les roues puis les turbines de l’usine. L’emplacement du vieux moulin est donc en coïncidence avec ces canaux reliant le canal principal à la Fure et encore visibles.
Les machines exigeant des puissances importantes une turbine hydraulique fut installée avant 1865 pour compléter les deux roues hydrauliques mais après 1852 car elle n’est pas citée par G. Vallier (ceci correspond à un accroissement de l’activité de l’usine). D’après J. Charpin en 1865, une turbine Kachlin entraînait 4 piles de cylindres (avec un débit moteur de 500 l/s et au minimum de 400 l/s), une roue en dessus était liée à deux autres piles et une seconde roue mettait en mouvement la machine à papier qui de ce fait devait être un petit modèle demandant peu de puissance.

L’accroissement de la puissance équipée peut se résumer, approximativement, comme suit :

moulin :     moins de 10 chevaux vapeurs
papeterie :     avant 1852 : de l’ordre de 20 CV

        années 1860-70 : 35 à 45 CV
        1902 : 200 CV
        1912 : 550 CV
        actuel : plusieurs milliers de CV électriques (de l’ordre de 3 à 4000)

Les sources d’information concernant les bâtiments sont essentiellement des plans de 1870 et 1900 établis à la demande du service des Ponts et Chaussées et du Syndicat de la Fure. En 1870 le site industriel recouvrit celui de l’ancienne fabrique de papier et la déborda essentiellement vers l’amont. La superficie totale était de l’ordre de 1830 m2. Vers 1900 le site s’est agrandi toujours vers l’amont et la superficie atteignit 3070 m2. Sur cette dernière carte le bâtiment de l’ancien pressoir existait encore à l’aval vers les bassins de décantation.
Actuellement le site devenu Arjo-Wiggins a une superficie de l’ordre de 8400 m2. Le site s’est énormément développé vers l’amont puisque les bâtiments atteignent presque ceux de la taillanderie Bret.
Depuis avant 1870, par suite de l’étroitesse du site naturel, les bâtiments ont commencé à être bâtis sur la rivière : comme maintenant la Fure passa en galerie et devint invisible.

En résumé :
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époque                        longueur du réseau    nombre de bâtiments    superficie des bâtiments
                                        hydraulique (m)                       (m2)
________________________________________________________________
XVe siècle à 1794            275 ?                                ?                                    ?
en 1795                            275(*)                            4                                    170 (moulin)
en 1797                            570(*)                            5                                    300 (moulin et pressoir)
en 1824                            570(*)                            5                                    370 (moulin et pressoir)
en 1843                            570 (*)                           5?                                  370 ?
vers 1847-49                    275                                5 ? (**)et(***)              835(**)
1870                                275                                  ?                                  1830
1900                                275                                ?                                    3070
1985 et actuel                275                                ?                        de l’ordre de 8400       
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* : non compris la partie utilisée pour l’irrigation.
** : hypothèse basée sur la superficie de la petite papeterie Bellier, Vallet et Tournier de la Pale dans la vallée de l’Ainan au milieu des années 1860.
*** : bâtiment de la machine (190 m2), caisse pour préparer les matières (130 m2), magasin (145 m2), chaufferie (60 m2), bâtiment d’exploitation (310 m2).

Ce tableau montre la fixité du réseau hydraulique et à partir des années 1847-49 l’accroissement considérable de la superficie des bâtiments, reflet indirect de l’activité industrielle du site. Le nombre actuel de bâtiments est difficile à estimer car ils sont tous imbriqués.