Lorsqu’il n’y avait plus de canons ni de pompes…la cartonnerie à  Saint Gervais (1919-1983)

 

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mise à jour 26-1-2008

ce texte a été publié par ARAMHIS Chroniques rivoises, n°41, Mai 2006

On a pris l’habitude de vous parler de ce qui a disparu depuis longtemps. Mais il y a aussi l’histoire industrielle très récente que vous avez connue. C’est le cas de la cartonnerie à Saint Gervais.

 

Monsieur R. Battut nous a déjà présenté l’histoire de la fonderie de canons de Saint Gervais jusqu’à sa fermeture en 1865 (1) et nous allons compléter l’aventure inachevée de ce site qui est encore utilisée par la société Depagne.

 

A sa fermeture en 1865, l’ancienne fonderie appartenait à plusieurs propriétaires, parmi lesquels quelques insolvables comme Frédéric Rubichon. A la suite d’une adjudication publique, elle est acquise par le sieur Blanchon, dont on ne sait rien. Sa succession, composée d’indivis entre plusieurs héritiers se termine par une nouvelle adjudication en 1903 que remporte Jean Eugène Mazuit, propriétaire et ancien maire de Rovon. En août 1905, les consorts Mazuit, vendent la fonderie, la chute dite du martinet à Rovon et les terrains, sauf une maison, à un ingénieur parisien qui a un projet. Charles Joseph Gelly, ingénieur hydraulicien, domicilié à Paris avait constitué avec quelques actionnaires une société pour "la fabrication de pompes automatiques Gelly " en 1904. Pour 20 000 francs, il s’offrit les locaux nécessaires à son industrie. Il ne fit pas ses affaires, et en 1912 une troisième adjudication en moins d’un demi-siècle, permis à un industriel grenoblois d’acquérir l’espace industriel. Jacques André Nicolet est un ingénieur Arts et Manufacture(promotion  1902), ce qui indique une solide compétence  du monde de la production. Il n’a pas été  possible de savoir s’il était apparenté à la banque Nicolet et à la famille Nicolet, qui créera la papeterie de la « Ouatose » à Domène quelques années plus tard, mais cela ne serait pas étonnant. En juin 1919, la CIN (cartonnerie industrielle Nicolet) est fondée. On l’appellera aussi société « Giraud et Nicolet » du nom des copropriétaires.

 

 

Les listes électorales (qui indiquent les professions) montrent que Nicolet a laissé vers 1921 la direction effective à un nommé Louis Giraud et que celui-ci sera ensuite remplacé vers 1936 par Luc Meunier. Une liste de 17 ouvriers à la cartonnerie en 1926 a été relevée. Elle permet de supposer que le dénommé Giraud a appris son métier dans une des célèbres cartonneries de Bourgoin – Jallieu (4 établissements en 1910). On retrouve un couple et un père et son fils. Cela laisse une impression d’ambiance familiale.

Sans discuter des productions, des fournisseurs et des clients, ni des causes des difficultés économiques car nous n’avons aucune information sur ces sujets, nous avons juste la possibilité d’ajouter une anecdote.

 

En 1940, lors du « Blitz » nazi, il y eut des combats vers Voreppe et des mouvements de troupes dans notre secteur. Le 20 juin 40 l’Armée française a fait sauté le pont de Saint Gervais et le 24 juin il y a eu bombardements allemands autour du pont et de la cartonnerie où l’Armée française avait laissé des troupes.

Par deux fois , le Maire fit constater par un huissier (monsieur Jules Hyvrand) à la demande de monsieur Allard, directeur de la cartonnerie ce que l’Armée française avait emporté avec elle :

-4000 kg de foin

-80 kg de paille

-2000 kg de livres et vieux papiers

-500 kg de cartons

-40 planches  de 4 mètres ( enlevées aux bâtiments)

- nombreux outils

Comment doit on analyser cela ? D’abord, il y a la préoccupation de demander un légitime dédommagement au gouvernement. Ensuite il ne faut pas oublier que l’armée utilisait encore des chevaux (ce qui ne sera plus le cas après 1945) et que ceux-ci durent se régaler. Enfin c’était la débâcle militaire et nos soldats se débrouillaient. Du carton et des livres : de quoi s’isoler des balles et de l’humidité, de quoi faire des lits et du feu ; des planches pour faire des passerelles lorsque les ponts avaient sauté… Triste, historique et humaine réalité que le manque de préparation de nos troupes au début de la Seconde Guerre mondiale et une petite cartonnerie devenue caverne d’Ali Baba !

 

Devenue la S.A.  des cartonneries Nicolet, elle verra son siège social transféré à Vitry/Seine en 1981. Le tribunal de commerce de Paris a déclaré la C.I.N. en règlement judiciaire le 27 juillet 1983. Une trentaine d’employés se sont retrouvés au chômage, ce qui concerna plus ou moins directement la totalité des habitants de Saint-Gervais, Rovon et l’Albenc.

 

Toujours en 1983 le conseil municipal décida d’acheter les parcelles et les bâtiments des « cartons industriels Nicolet », ce qui fut fait en avril 84. L’idée était de maintenir le site en état et de le proposer à la revente à un entrepreneur. Ce fut monsieur Mussi en 1985 pour la société Depagne S.A. (appareil électrique).

 

Nous serions très heureux si d’anciens ouvriers nous contactaient pour nous raconter la cartonnerie autrement. Merci

 

L. FERRIERE

 

1- Chroniques rivoises n° 21 – mai 1996. p 27-32

sources : archives municipales de Saint-Gervais, notamment la liste électorale de 1924.

 

Tableau : Liste des ouvriers

 

nom

prénom

date

qualification

lieu naissance

date Naissance

Laurent

Léon

1926

cartonnier

Rovon

1871

Laurent

Louis

1926

cartonnier

 

1904

Dailloux

Lucien

1926

cartonnier

Chatte

1861

Vallet

Louis

1926

manœuvre

Grenoble

1909

Terrot

Ferdinand

1926

journalier

Saint Gervais

1855

Romeyer Dhuber

Elise(?)

1926

comptable

La Riviere

1873

Golbodon

Bertrand Albert

1926

mécanicien

Rovon

1875

Cartier

Félicien

1926

ouvrier d'usine

Rencurel

1858

Bouvier

Michel

1926

ouvrier cartonnier

St Pierre de Chartreuse

1885

Pesenti

Joseph

1926

ouvrier cartonnier

Brembilla (it)

1888

Gervasoni

Michel

1926

ouvrier cartonnier

Saint Gervais

1887

Gay

Léontine

1926

ouvrière cartonnier

La Riviere

1858

Pardini

Louis

1926

employé d'usine

Marseille

1891

Pardini

Zoé

1926

employée d'usine

 

1894

Attuyet

Constant

1926

mécanicien

Vatillieu

1874

Giraud

Louis

1926

fb de carton

ND de Mesage

1869

Giraud

marie

1926

 

St Pierre de Mesage

1875

Giraud

marie

1926

 

Bourgoin

1910

Giraud

Germain

1926

 

Bourgoin

1914

Meunier

Lucien

1936

patron

Lyon

1893