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mise à jour : 24-1-2008

1-Fléard
2-Gautheron d'Hurtière
3-Sénozan

1- Fléard : de Tullins à Versailles, le destin d'une famille de magistrats anoblis

publié dans Chroniques rivoises n°  

            Parmi les nombreuses familles aristocratiques qui ont croisé le destin de la communauté de Tullins, il est paru intéressant d’étudier la trajectoire sur sept générations d’une dynastie venue du Nord: les Fléard ou Fléhard. En même temps que les Gallien de Chabons (1) et les Gautheron (2) , les Fléard sont venus assumer la gestion des terres qui sont aujourd’hui sur la commune de Tullins-Fures (3). Les éléments généalogiques retenus sont issus des recherches aux archives départementales. Des erreurs sont toutefois possibles car les parchemins, le latin et le vieux français ne facilitèrent pas la tache à la bonne volonté vagabonde du chroniqueur rivois.

            En 1446 Louis de Valois surnommé Louis Dauphin s’ennuie en administrant le Dauphiné qui est l’apanage du fils aîné du Roi de France. Curieux, machiavélique et retord, ce Prince se rebelle plus ou moins ouvertement contre son père qui régulièrement lui pardonne mais sanctionne les amis et conseillers de ce royal et turbulent rejeton . C’est dans ce contexte que le Dauphin apprend la valeur de la fidélité. En 1446 il anoblit Vincent Fléard, natif d’Arras  qui l’a suivit. Cinq générations plus tard , le seigneur de Tullins devient le parent du Maréchal de France, Henri de Turenne. C’est l’épopée de cette famille tullinoise que nous allons retracer.

            Les Fléard sont au milieu du XV ème siècle une famille de magistrats déjà aisés. Ce qui les caractérise pendant un siècle est qu’ils sont le plus souvent deux au Parlement de Grenoble, un par branche, à moins que ce ne soit les deux frères en même temps! La branche aînée dont la généalogie n’est pas certaine , est issue de Ciprian Fléard , frère de Vincent. Son fils Ennemond est auditeur au Parlement. Urbain, son héritier fera l’acquisition de la seigneurie de Saint Martin et sera consul de Grenoble. Sans descendance, ses biens passent à sa soeur, Jeanne épouse de Pierre (ou François) Du Faure , procureur général au Parlement, d’ une des familles les plus puissantes du Dauphiné qui « règne » sur le Valdrome (région de Ponnant vers Die).

       Si on ignore tout du fils aîné de Vincent, Antoine, les autres fils furent des gens respectés qui ont instauré  une politique familiale plutôt unique de transmission des offices (4) avant les décès. Ainsi les richesses acquises ne sont pas dispersés. Jean  (I) le cadet devint conseiller au Parlement de Grenoble vers 1495. Puis il fut élevé au rang de Garde des Sceaux  et chancelier du Roi de France Charles VIII dans les nouvelles acquisitions et conquêtes de Naples et des Deux-Sicile. Il est mort le 15 novembre 1495 et fut enterré à Modene en Italie. C’est quelqu’un de très important dans le personnel royal. Eynard ,son benjamin est lui auditeur, puis maître en 1515, en la Chambre des comptes , et il a épousé une femme - Madeleine Di Ragny- dont le nom à consonance italienne peut laisser penser qu’elle a peut-être été rencontrée durant les campagnes d’Italie du Roi. Enrichi par son emploi et celui de son frère, Eynard laisse trois enfants qu’il place parmi les conseillers au Parlement. L’aîné, Gaspard (I) deviendra rapidement premier Président en la Chambre des comptes. Cette charge s’achète très chère à l’époque et cinq Fléard se la transmettront successivement. Jean (II) fut lui aussi conseiller avant d’être premier Président en 1544(5). Ensemble les frères Fléard avaient fait l’acquisition de la seigneurie de Tullins. Le 01 octobre 1543, les commissaires de l’aliénation du domaine delphinal  vendent sous condition de rachat le château (en ruine) et la seigneurie pour 6 036 livres et 15 sous tournois. Seigneurs de Morette et Pressins et de Morette, Gaspard (I) sera également seigneur de Voiron et de Pont de Beauvoisin, fera l’acquisition de la terre de Pressins  vers 1550 de la maison de Rivoire , et vers 1577 celle de Romagnieu  puis aussi de La Bâtie -Montgascon (6). Une aliénation d’un domaine delphinal correspond en fait à la location d’une exploitation ( une seigneurie dans ce cas) qui rapporte ensuite par les loyers de métairies, les locations des droits d’eau, les impôts et les taxes sur les fours et moulins banaux auxquels on peut ajouter les péages et les octrois. C’est un revenu foncier qu’il faut faire fructifier .Leur soeur, Françoise fut dame de Montbonnot par son mariage avec Jean Galbert, conseiller du Roy (7).

          L’apogée de la famille semblait être atteint avec  la génération suivante. Jeanne , placée comme religieuse au couvent de Montfleury ( 8) et sa soeur Madeleine mariée au noble Philibert de Forst (9), les trois frères  connaissent une renommée nationale. Jean (III) Fléard seigneur de Montmiral (10), sera premier Président jusqu ’en 1554 date où il résigne en faveur de son frère François(I) qui, à son tour  transmet la charge en 1575 à Gaspard (II) qui ne cédera sa place qu’en 1591. Ces magistrats  de la noblesse de robe,  avaient contracté des alliances matrimoniales avec deux familles de leur milieu et de leur rang: les de Saint Marcel d’Avanson (11) et les de Bons, seigneur de Meuillon et Montauban. Cela fut décisif pour la lignée car les descendants furent militaires, suivant peut-être  l’itinéraire de Pierre Bon  lieutenant général et gouverneur de Marseille pour le Roi (12). Ils sont confirmés  le 14 août 1581 dans l’ albergement de la terre de Tullins. A la suite de la surenchère d’Artus de Prunier, seigneur de Saint Andre (13), le domaine  est repris, remis en vente et  leur est réadjugé en 1595  avec une augmentation de 8 500 livres. Cela montre qu’ils ont été capables de rentabiliser la seigneurie, ou bien d’exploiter les habitants, selon le point de vue que le lecteur retiendra. Les coseigneurs de Tullins  achètent  le 15 mars 1595 le château de La Bâtie Montgascon avec ses meubles et ses étagères  pour 20 000 écus d’or à Pierre Palmier, seigneur de La Bâtie-Montgascon.

            Place aux femmes . Militaires partis vers la gloire , les Fléard laissent d’abord des épouses , puis des veuves  gérer et protéger le patrimoine . Pierre Fléard , qui fut porté sur les fronts baptismaux par l’Evêque de Paris(14) , s’ennuyant peut-être sur les domaines pour lesquels il avait été confirmé en 1614, décida de participer aux guerres des religions. En 1621 , il rejoint les armées royales. Il y rencontre André Baudet à qui il achète le château de Pressins. Cela lui permet d’avoir la tour fortifiée qui est dans son domaine. Ils participent au siège  de Montauban, lorsqu’il se fait tuer en 1621. Sa veuve est une parente du futur Maréchal de France (15). Née Catherine de La Marck, son père est Duc de Bouillon et Prince de Sedan. Sa mère descend des BOURBON (16). Elle est la cousine issue de germain du Maréchal, autrement dit sa tante à la mode de Bretagne. Ses relations, mais également la fortune familiale, permettent que l’ensemble des terres possédées soit ériger en marquisat. Désormais, on ne dira plus François (II) 18.Fléard , mais Monsieur le Marquis de Pressins . Le seigneur de Tullins et Morette participe à la dernière des guerres des religions. En mai 1629 , il meurt pendant un assaut lors du siège de Privas. Il est toutefois difficile de savoir de quel côté il était, car sa famille maternelle était plutôt protestante. De plus sa soeur Virginie avait épousé en la cathédrale de Grenoble Jacques Vignon, baron d’Arlande et Comte de Ferrière (17). Ce personnage était le beau-frère du connétable de Lesdiguière, ami du Roi Henri IV et chef protestant du Dauphiné. Le Duc de Lesdiguiere fut d’ailleurs le parrain du premier fils. Veuve, Virginie épousa Claude Mitallier, seigneur de Manissy et de Rives (18).

            Charlotte Alleman Du Pasquier, dame de Saint-Martin La Cluze, vicomtesse de Liesner (+ 8 juin 1672) est d’une famille qui a fournit plusieurs évêques et dont la noblesse remonte au delà du X ème siécle, lorsqu’il n’y avait que deux clans majeurs en Dauphiné, les Aynard (19) et les Allemand. Veuve pendant plus de quarante ans, elle doit faire face à l’Etat. En novembre 1637 après plusieurs procès contre les intendants et autres administrateurs des biens royaux aliénés, elle obtient un accord global. Le Roy venait de décréter l’aliénation des domaines que les Fléard administraient depuis un siècle .Et en même temps, l’Etat refusait de lui verser la pension de 900 livres annuels que la famille possédait sur le grenier à sel de Pont Saint Esprit. Déjà à cette époque , les services  l’Etat était plus prompt à se servir qu’à verser ce qu’il doit. Elle obtient de conserver le domaine et en contrepartie renonce aux arrières et aux droits à Pont Saint esprit. Femme seule, femme patiente, femme résolue, elle protège les intérêts patrimoniaux. LAS, son unique fils, Alexandre Fléard, marquis de Pressins, seigneur de Tullins, Morette Saint Marcel, La Palud et de Montmiral est tué à Paris en 1651. Il n’a pas de descendant. Sa mère et sa soeur héritent .

            La famille de Clermont dont le fief est situé sur l’actuelle commune de Charavines est une des plus illustres familles nobles dauphinoises avec les La Tour Du Pin et les Berenger-Sassenage.

Françoise-Virginie Fléard  transmit les seigneuries de Tullins, Saint-Martin la Cluze, Pasquier et de la Batie-Montgascon, la vicomté de Trièves, la baronnie de Romagnieu, le marquisat de Pressins  à son mari : Jacques de Clermont, Connétable  et grand maître héréditaire du Dauphiné, comte et baron de Clermont marquis de Cufsy. Mais ici commence une autre histoire généalogique.

            Riches , les Fléard ont su être distingués pour leurs compétences  par la famille royale. Les magistrats ont fait la fortune de leur lignée. Malheureusement  le service du Roi a décapité la descendance mâle . Malgré la dévouement exceptionnelle des épouses, le patrimoine a été transmit à une autre lignée illustre du Dauphiné. Il est probable que les mémoires et les correspondances des nobles qui ont vécu à la cour de Versailles auraient des anecdotes et des portraits à nous donner sur les membres de cette famille. Dauphinois au pied de ses montagnes, l’évêque de Grenoble n’aura pas su que sa nièce avait joué avec les enfants de la Maison Royale et apportée quelques gouttes de sang bleu, celui de Saint Louis.

 

1-  les Chroniques rivoises n°  20- novembre 1995 : La famille de Gallien de Chabons

2- Les chroniques rivoises n°         : la famille de Gautheron.

3- Toutefois ils avaient un hôtel particulier à Grenoble. Les enfants sont souvent baptisés dans la paroisse Saint Hugues à Grenoble . On trouve les actes dans Auguste Prudhomme . Les Archives de Grenoble. série GG. ( usuel SR. Bibliothèque municipale de Grenoble)

4-Un office était un emploi réservé qui était acheté à l’Etat, comme receveur des greniers à sel ou officier militaire. Les notaires et les huissiers sont directement issus de cette tradition.

5-Françoise Buatier la femme de Jean Fléard est d’une origine peu illustre .

6-Pressins est une commune voisine des Abrets dans le nord-Isère et se situe à une dizaine de kilomètres de Romagnieu et la Bâtie-Montgascon.

7-De Galbert : famille qui s’est établie plus tard à La Buisse.

8- Montfleury était un couvent situé sur la commune de Corenc. Aujourd’hui les locaux abritent un collège, L’institutiion du Rondeau-Montfleury

9- Mariage du 5/4/1553  avec le seigneur et baron de la bâtie d’Albanez, Dullin et Verez.

10-Montmiral n’a pas été clairement situé. Il y a une tour de Montmiral au dessus  de Saint Antoine l’abbaye, d’où la vallée de l’Isère est visible. C’est une magnifique motte castrale.

11-Louise de Saint Marcel d’Avanson est la fille de Jean seigneur d’Avanson et Vaulserre, conseiller du Roi puis Président en son Grand Conseil. Leur fille Diane transmettra des droits sur les biens patrimoniaux à son mari . Il y eut un long procès que les archives H+ Gre/H 645 nous racontent.

Le lien avec François d’Avanson dont il est question plus bas est probable mais pas établi.

12-Pierre Bon, seigneur de Meuillon et Montauban était le père de Virginie Bonne et l’époux de Marguerite Choin.

13-La famille Artus de Prunier s’est installé et fait souche dans le château et la seigneurie de Virieu.

14-Pierre de Gondi, évêque de Paris. L’enfant a probablement reçu le prénom de son parrain

15- Henri de Turenne, (1611-1675) est le second fils d’Henri de la Tour, vicomte de Turenne et de Charlotte de La Marck. Il sera Maréchal de France.

 Berenger Jean: « Turenne ». Information historique n°57. 1995.

16- Par sa mère, elle serait rattachée à Françoise de Bourbon Montpensier descendante directe de saint Louis par son sixième fils. Par son père, elle remonte à Diane de Poitiers, la maîtresse des Rois de France ( Henri II puis son fils Henri III) .

17-Mariage du 29/6/1622 avec Jacques Vignon, frère de Marie Vignon , seconde épouse et dame de coeur de Lesdiguière. d’où deux fils.

Puis elle épouse en 1635 Claude Mitallier d’où le fils héritier de la dynastie Mitallier de Manessy.

18-Sur cette famille et sa descendance, il faut se reporter à l’indispensable Georges Clément : « Les maîtres de forges du pays rivois ».

19-Cette famille a donné son nom à des lieux géographiques selon  Gui Allard  (2E 409 et 410.)

 

 sources et bibliographie utilisés

A- Rivoire de La Bâtie : «  Armorial du Dauphiné ».1867. p 234

B- Martin : « Les registres du libraire Nicolas (1645/68). » 2 vol. (liste des clients)

C-Archives départementales de l’Isère : 1 J 604, H +/Gre /H 645 (généalogie par Gui Allard); 2E 409 et 410. Iindex de la série B (vol 4 : B 4532, B 4548, B 4436 et vol 2 p 265)

D-Mours Samuel: »Le protestantisme en Vivarais et en Velay. Des origines à nos jours. Valence, imprimeries réunies. 1949 ( Bibliothèque universitaire de Grenoble - 52307)

E-Gui Allard -: « Bibliothèque du Dauphiné. Grenoble, Allier, 1864. article Fléard. (Archives départementales de la Drome A 90)

 F-Mémoires d’Eustache Piémond, notaire royal delphinal de la ville de Saint-Antoine l’Abbaye. (1572-1608). Céas, Valence. 1885. 664 p.

G-Perspectives: ADI H+ Gre/H6, 153 , 978, 981, 364, 744, 1097 et B 185)

                             Guy Allard : »Les parentés et alliances au Parlement de Dauphiné en 1661. ( BMG -U 919)

 Nous remercions également Mme Chollet , de Pressins et l’abbé Godel, archiviste de l’évêché de Grenoble pour leur correspondance.

La vie atypique de François FLEARD, Prince Evêque de Grenoble

          Second fils de Jean (I) Fléard , il devient conseiller  jusqu’au moment où son frère Jean (II) résigne en sa faveur le 14 juin 1564, ce qui lui permet de devenir premier Président de la Chambre des comptes. Adolphe Rochas dans sa biographie du Dauphiné éditée en 1856  nous décrit sa carrière ainsi : «  Quelques années après, dégoûté des vanités mondaines, et à l’exemple de François d’Avanson, qui avait été membre du Parlement avant de devenir évêque, il quitta la magistrature pour entrer dans l’état ecclésiastique. Il fut d’abord Chanoine de l’église Saint -André (1) et abbé de Saint Martin en Bosc , au diocèse de Beauvais ».En 1572 il fut nommé prieur de Domène. « En 1575 ,Henri III le nomma évêque de Grenoble, mais ce choix , qui avait été fait d’après le concordat, rencontra à ce qu’il parait de grandes oppositions. Le chapitre , qui n’avait pas pris part à son élection, s’opposa à sa mise en possession: << soit , dit Chorier (2) , qu’il ne trouvât pas d’abord tous les esprits disposés à l’aimer, soit qu’il voulût tout employer d’autorité , où qu’il fût habile au choix des moyens, les premiers mois de son pontificat ne furent qu’une sédition continuelle dans sa ville épiscopale >> .Bien plus, ayant eu une querelle avec un capitaine huguenot, Lamotte-Verdeyer, il fut obligé de se retirer dans son château de la Plaine  (3) d’où, pendant longtemps, il n’osa sortir que suivi d’une escorte de gens à cheval armés de pistolets. Cependant les haines qu’il s’était suscitées parmi les catholiques ayant fini  par se calmer, il put venir prendre possession de son évêché, mais ce ne fut que plus de dix ans après sa nomination, le 14 juillet 1586. (4) Ce prélat mourut à Tullins, le 25 septembre 1606 d’après l’épitaphe gravée sur son tombeau dans l’église de Saint André de Grenoble. » (5). Le 63 ème évêque de Grenoble eut un destin original et peu paisible. Cela ne l’empêcha pas de fonder à Grenoble une congrégation de dames ursulines et d’installer à Tullins les religieux des Minimes. (6)

 
« Rochas Adolphe: »Biographie du Dauphiné. Tome 1 . Charavay libraire éditeur, Paris. 1856. p 395

1- L’église Saint-André est sur l’actuel place du tribunal vers les quais à Grenoble.

2- D’après Nicolas Chorier. Histoire générale, t 2.Cité par Rochas.

3-Ce château dans la plaine de Tullins n’a pas été situé. ce n’est pas celui de St Jean de Chépy

4- D’après Nicolas Chorier. Etat politique , t 2, p 133.- Cité par Rochas

5- sa tombe est

6- «Chez Nous». Recueil de notes historiques et géographiques sur le département de l’Isère. La croix  de l’Isère. Grenoble 1930. (BMG - V 31 474). p 321


2-une dynastie noble du seuil de Rives : les Gautheron d'HurtièreS

publié dans Chroniques rivoises n°,

Si vous utilisez la départementale 54 entre Tullins et Rives, longeant la vallée de la Fure, vous remarquerez sur la rive droite du cours d'eau, à Hurtières (commune de Tullins), une gentilhommière. Cette demeure a été construite au XVIème siècle par Etienne De Gautheron. Elle a une tour ronde sur l'arrière et une horloge sur le toit.

Originaire de Tullins, la famille De Gauteron ou De Gautheron (on trouve encore Gaulteron) est d'une souche nobiliaire[1]. Son histoire s'est pérennisée autour d'Hurtières et de Saint-Etienne de Saint-Geoirs. Le premier personnage retrouvé de la famille est Henri De Gauteron, qui est mentionné comme conseiller au parlement du Dauphiné en 1510. Ceci nous permet d'établir l'importance des De Gauteron. Ce sont des nobles de la seconde race, issus probablement d'un anoblissement consécutif à plusieurs générations de fonctions au parlement du Dauphiné. Ils restent modestes jusqu'à la fin du XVIIIème siècle, période où ils contracteront par le biais de mariages, des alliances avec d'illustres familles. Entre temps, ils n'hésiteront pas à s'allier aux familles des notables, qui rivalisent en fortune et en capacité avec eux. Durant tout le XVIIème siècle, ils seront capitaines et châtelains à Saint-Etienne de Saint-Geoirs, ce qui montre qu'ils sont à la limite de la roture car ils vivent des droits régaliens qu'on leur a confiés. Ils méritent par leur travail, leurs revenus ; ceci les différencie d'autres nobles qui vivent eux de la "rente foncière". Tout cela changera avec de judicieux mariages, des héritages conséquents et des investissements.

"Noble Etienne De Gauteron" obtint l'albergement e la Fure à Hurtières. Il installa deux martinets et bâtit la gentilhommière en 1516. Ce noble est sûrement celui qui a acquis le titre héréditaire de seigneur d'Hurtières. Il a résolument compris l'importance de la force motrice et la nécessité d'investir dans l'artisanat métallurgique. En 1556 / 1564 Claude De Gauteron, seigneur d'Hurtière, est maréchal des logis auprès du maréchal d'Aubigny. Cela implique qu'il fut suffisamment riche pour acheter un office militaire et ensuite vivre de sa solde. Est-ce le même ou l'homonyme, châtelain de Saint-Etienne de Saint-Geoirs qui vendit le 28 août 1570 le fief de Saint Cierge ? Il serait intéressant de savoir comment ce fief était entré dans la famille car il pourrait nous informer sur leurs origines. Ensuite il est successivement fait mention d'Etienne, seigneur d'Orcieux, capitaine-châtelain de Saint-Etienne de Saint-Geoirs et dIzeaux entre 1590 et 1605, Hercule qui officiera de même entre 1610 et 1614 et enfin Jean Louis De Gauteron entre 1614 et 1645.

Au XVIIème siècle, les quatre frères suivants sont signalés : Claude seigneur d'Hurtières et Louis seigneur de l'Isle semblent détenir quelques terres, alors qu'Etienne et Alphonse seraient des cadets destinés au clergé et à l'armée.

On a retrouvé dans les archives municipales de Grenoble des actes de baptême de deux filles de Jean Louis De Gauteron et de son épouse Mérande De Saint-Germain. Il fera le choix de les doter et de les marier, ce qui le différencie de la famille De Gallien de Chabons qui plaçait leurs filles au couvent. Les deux époux ne sont toutefois pas des nobles du cru, puisque l'un est seigneur de Montélimar (Claude De Monts) et le second de La Vilette (Jacques De Saint Germain, probablement un proche parent). L'enfant de Claude De Gauteron et de Thérèse De Pina, Emerentiane, épousera à Grenoble le 28 avril 1722 Jean Veryon-Lacroix. La famille du gendre est une des plus vieilles et des plus illustres de la Bièvre. Cet avocat, lieutenant particulier en la judicature de Tullins à une fortune personnelle aussi importante que celle de la famille noble à laquelle il s'allie. D'ailleurs ses descendants reprendront au XVIIIème siècle l'office de capitaine-châtelain de Saint-Etienne de Saint-Geoirs, fourniront une dynastie de notaires et de juges de paix au canton du même lieu.

Au milieu du XVIIIème siècle, le statut de la famille change. Nous le savons car
Joseph De Gauteron, seigneur d'Hurtière (décédé avant 1757) était suffisamment riche pour avoir pu épouser une fille de la noble et industrieuse famille des De Barral (d'Allevard), dont on sait qu'elle n'autorisait pas les mésalliances. Laurence-Angélique De Barral mit au monde Catherine-Angélique qui épousa André Chaboud, maître des comptes au parlement en Dauphiné. Marguerite fut placée au couvent de Note Dame de Grâce à Tullins. Alexis-François De Gauteron, seigneur d'Hurtière devint un des nobles importants par sa fortune et ses fonctions. Lors de son mariage en 1749, il est conseiller en la Chambre des comptes. Il épouse la fille du trésorier général des finances, Marie De Bressieux De Montrigaud, une famille à la fois voisine et de même rang. Il sera président de la Chambre des comptes du Dauphiné en 1789. Sa carrière s'arrêta en même temps qu'il sauvait sa vie, lors de son exil. En 1796 il hérite de 15.000 F lors du décès de sa tante, Françoise De Barral veuve de Monsieur De Boifsieu. C'est le début d'un succession d'héritages qui regroupera la fortune des nobles de la région. Par sa femme il est propriétaire de Montrigaud à Seyssins et il engagera un procès contre le préfet. En effet lors de la construction du canal du Drac, il y a eu des problèmes pour retrouver les limites des propriétés (autrefois définies par les bras du Drac qui venait d'être asséché). Anecdotiquement signalons que la seigneurie de Montrigaud appartenait au XVème siècle à la famille Alleman puis aux Langon. Ceux-ci durent la vendre aux De Bressieux. La génération suivante réunira de nouveau la seigneurie au patrimoine des Alleman. Joseph Hercule né en 1750 mourut jeune. Son frère Alexis François De Gauteron d'Hurtières épousa le 28 Juillet 1797 à Grenoble Madeleine Jeanne De Langon (+ 1828), fille de Nicolas François, baron d'Uriage et d'Anne Marie Prunier de Saint André. La dot n'était que de 80.000 F ! En 1805 un accord est signé à propos de l'héritage de la belle mère. Madeleine Jeanne hérita du marquisat de Virieu alors que son neveu François Planely de la Valette, fils de sa soeur Marie Pauline n'eut que des biens secondaires. En fin de compte, Alexis François d'Hurtières maître des droits de sa femme était ainsi : Marquis de Virieu, Baron d'Uriage, Seigneur d'Hurtière, de Saint Julien et de Montrigaud. La dynastie atteint à son apogée avec un des plus importants patrimoines seigneuriaux de la province et des fonctions majeures au parlement du Dauphiné. Sans descendance, l'héritier le plus proche fut le comte Sibeud De Saint Ferréol, un cousin lointain de Madame De Langon, épouse De Gauteron.

La famille De Gauteron est enfin sortie de l'anonymat des archives. Les dynasties voisines, les Clermont Tonnerre, seigneur de Charavines et de Tullins, les De Virieu ou les De Gallien de Chabon ont toujours concentré les attentions des historiens. Son parcours est celui d'une petite famille de noblesse locale. Modestes, ils firent fortune génération après génération en se mettant au service des autres nobles. La seigneurie d'Hurtière était minuscule, mais elle apportait un titre. L'apogée est due à la conjonction des deux[2].

 

Les sources:

G. Clement : Le pays rivois et ses maitres de forges. 1988

P Chanaron: Charnècle, Rives et Réaumont. 1980

A. Prudhomme: etat civil de Grenoble

Rivoire de la batie: Armorial du Dauphiné (articles: Virieu, Sibeud et Langon)

J. Roman: les sceaux des familles seigneuriales du Dauphiné

Archives départementales de l’Isère: série 9 J , 1J 723, L 248 et 2 E 424

Bibliothèque Municipale de Grenoble :

- Ch 97 liste des chatelains, consuls et curés de Saint-Etienne de Saint-Geoirs

- Pilot Du Thorey : - Le prieuré de ND de Grace de Tullins. 16 p                             -

- Pilot Du Thorey :notes R 7906

- factum T 3406
                                                                                       

addenda:

-Claude  De Gauteron x 8/2/1626 Clemence Morard

-Anne de G x Gre 6/3/1641 Claude de monts

-Helene de G x Gre 1/8/1643 Jacques de St Gervais

-1718 vit François de G, sr de possins ( 2E 430)

- Claude De G , sr d’hurtieres  le 7/11/1631 ; 28/9/1633 1644 1646; 1647 ( ad38-1 J 723)

-1618 françois de G, prieur de St E de St G ( BMG- Ch 97)

perspectives:

BMG  R 8477 actes notaries en faveur de la famille gautheron - parchemin - 1440/1501

BMG  R 8572 livres de compte de la marquise de gautheron - Uriage 1827

BMG  R 8554 copie de l’acte de sepulture de marguerite de gautheron chanoinesse de malte, à st antoine 1792

AD 38- Contrat de Mariage Gautheron / Chaboud not toscan à grenoble 12/9/1757

Andre Chaboud , conseiller du roi, maitre ordinaire en la chambre des compte , d à st hugue à Gre fils defunt juste andré, conseiller et feue rose du touvet

X paroisse st hugues 14/9/1757 catherine angelique de gautheron, fille defunt joseph, sr d’hurtiere et feue angelique de barral

[1]Il existe une autre famille noble avec le même patronyme au XVIème siècle dans la région de Morestel. Si les blasons sont identiques, on ne connaît pas à cette date de souches dynastiques communes.

[2]Cette synthèse ne peut être qu'une ébauche qui attend que les actes notariés ou des archives familiales soient trouvés.



3- Qui se souvient de Senozan ?

(texte rédigé pour le bulletin des amis du pays voironnais AHPPV)

Pour certains, le cours Senozan à Voiron est l’avenue des banques ; pour d’autres, à certaines heures, ce serait  plutôt un chemin de croix… Senozan, morne voie ! ! Mais qui se rappelle de l’infortuné éponyme ?

 Au XVIIeme siècle, des dynasties protestantes du Languedoc se sont enrichis dans le commerce des laines et des textiles. Parmi celles –ci  deux sont liées à l’histoire de Voiron : les Randon dont un rejeton voironnais devint Maréchal de France et les Ollivier (ou Olivier). Ces derniers étaient originaires de Poussan et s’associèrent très tôt avec les financiers protestants lyonnais. L’auteur de la branche aînée, David Ollivier (+ 1722) sut se rendre indispensable à l’administration royale. Banquier à Lyon, il se convertit au catholicisme en 1685 lors de la Révocation de l’édit de Nantes. Echevin de la capitale des Gaules de 1697 à 1698, il côtoyait les intendants et se lia avec  Trudaine. Ce dernier le recommanda au Cardinal de Fleury, qui était un membre important de la cour et fut le précepteur du futur Louis XV et plus tard son ministre. En 1710, il fut anobli. Il avait rempli les trois conditions nécessaires à  un changement d’ordre social [1]: acheter le titre, posséder  une terre  et avoir l’accord du Roi. Il  devint Comte de Senozan, du nom d’une paroisse, aujourd’hui située en Saône et Loire vers Macon. Lors de la guerre de la Succession d’Espagne, Ollivier fut sollicité pour faire de nombreux prêts à la trésorerie royale. En contrepartie, il put obtenir l’achat pour sa parentèle des offices les plus lucratifs, comme Receveur général du clergé ou Prévôt des marchands de Lyon. Avec un titre et la fortune,  il ne manquait à la dynastie que la reconnaissance sociale, que de nobles ancêtres apportaient. Père de 4 enfants, il géra les mariages comme il menait les affaires. Ses filles épousèrent des confrères, renforçant le réseau des partenaires. Son fils fit sa carrière à Paris auprès du cardinal Fleury. En 1711, François Ollivier de Senozan contracta alliance avec une femme de noblesse ancienne : Jeanne Marie Magdeleine de Groslée de Viriville. Celle-ci était issue des seigneurs de Grolée, du nom du village sur les bords du Rhône, au nord de Morestel. Pourvu d’appuis politiques, de talent et de preux ancêtres, il devint Président de la Chambre des comptes de Paris, une des fonctions les plus importantes du Royaume en ce siècle. Sa femme hérita en 1754 de sa belle-sœur  Sabine ou Catherine de Dorgeoise de la Tivolllière. C’est ainsi que Voiron et Senozan se rencontrèrent.

L’ascenseur social était en marche. Leur fille, Anne Sabine ( 1714-1741) devint Princesse de Tingry en épousant un cousin du Roi, un Montmorency-Luxembourg. Leur petite fille fut Duchesse de Talleyrand-Périgord, tandis que leur fils, devenu Marquis et Président au Parlement de Paris était au sommet des possibilités sociales offertes à ceux qui n’avaient pas de « sang bleu [2]». Sa femme était une Lamoignon de Malesherbes, de la famille du secrétaire d’Etat à la Maison du Roi[3] qui tenta de réformer la justice, protégea la diffusion de l’Encyclopédie et fut l’avocat de Louis XVI avant d’être guillotiné.

Le nom de Senozan s’imposait donc pour ce cours bordé de banques !

source :
Fauchon. Histoire de Voiron et du Voironnais. Réédition.

Chaussinand-Nogaret Guy.- Les financiers du Languedoc au XVIII eme. Paris, SEVPEN. 1970. 37 p.

[1] Avant 1789, la société française était divisée en 3 ordres : la noblesse, le clergé et le Tiers-état

[2] -expression qui signifie qu’il existe une ascendance royale

[3] - Responsable de la censure et des affaires religieuses

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